Armée de l’Air à Reggan


 

           REGGAN, 23 Avril 1961 : la quatrième bombe atomique française explose.

           Avec cette explosion s’achève le cycle prévu d’expérimentation de bombes en atmosphère. Le C.S.E.M. (Centre Saharien d’Expérimentation Militaire) de qui dépendent ces expériences, libère totalement la Base. Seul un petit détachement reste sur place pour entretenir le matériel scientifique. Notre base « Top secret » n° 1 est désormais en quête de locataires.

           Attirés sans doute par la qualité des installations laissées par les atomistes, ils sont près de trois mille à se présenter. Ils viennent des hauts d’Alger, d’El-Biar très exactement. Ils appartiennent au C.I.S. et désirent s’installer au cœur de leur territoire.

           Un accord est rapidement conclu avec le C.S.E.M. En juillet, le déménagement commence. En octobre, le C.I.S., devenu depuis C.S.S. est installé et REGGAN. Peu de temps après, un second État-major, celui de la R.A.S.A., choisit à son tour REGGAN pour support territorial.

           C’est ainsi qu’en plein cœur du Sahara, en bordure du Tanezrouft, le désert des déserts, sur un plateau parfaitement inhospitalier, deux États-Majors se sont installés, deux États-Majors bâtis sur le modèle de ceux qui travaillent dans nos bonnes villes de province, deux États-Majors peuplés de paisibles militaires qui n’ont rien d’aventuriers...


UN ÉTAT-MAJOR DE POCHE

           La Région Aérienne du Sahara (RASA) s’étend sur un territoire d’une surface équivalente à cinq fois la France métropolitaine. Sa surveillance n’est pas un travail de toute quiétude. Ses sept frontières sont, ou peuvent être souvent, menacées par les puissances riveraines qui en contestent le tracé. (Affaire de la borne 238 en juillet dernier par exemple). De nombreuses bandes rebelles stationnées à l’étranger ont souvent tenté de s’infiltrer pour gagner l’Algérie, ou menacer les populations locales.

           Par l’immensité du territoire à contrôler et par les difficultés de communications que l’on y rencontre, le Sahara est par définition même un territoire de prédilection pour l’aviation.

           Le fait que le Général MATRAS, Commandant la RASA soit adjoint au Général Commandant le CSS, est d’ailleurs hautement significatif.

           Pour mener à bien sa mission, le Commandant de la RASA a à sa disposition deux Groupes de Reconnaissance et d'Appui, les GSRA 78 et 76, le GOM 86 dont la Base arrière est à Blida, et l’ELA 57.

           Ces unités ou leurs détachements sont stationnés sur trois Bases principales : celles de BÉCHAR, OUARGLA et REGGAN, et une série de Bases secondaires telles que : LAGHOUAT, TINDOUF, FORT-FLATTERS.

           L'État-major, qui a pour charge de coordonner l’'activité qui règne sur cette immense Région Aérienne, la plus grande de toutes, est certainement celui qui compte l’effectif le plus réduit. Pour s’en rendre compte, il suffit de consulter son annuaire téléphonique (une simple feuille) !

           Cet État-major est d’ailleurs littéralement noyé au sein du tentaculaire CSS. Seules, quelques pancartes plus ou moins claires vous laissent supposer la présence de l’Armée de l’Air dans un tel local.

UNE BASE « AÉROTERRESTRE »

           Faire vivre trois mille hommes à REGGAN est un véritable défi aux lois de la nature. Les responsables de la « Base Aéroterrestre » en savent quelque chose. Sur le plateau, tout est artificiel, tout est problème. L’électricité bien sûr, l’eau qu’il faut déminéraliser après l’avoir extraite du sous-sol, l’approvisionnement qui est tributaire de l’avion, l’air lui-même qui n’est respirable qu’après traitement dans des climatiseurs et humidificateurs.

           Pour faire face à tous ces problèmes, le CSEM disposait de moyens matériels et financiers considérables. La « Base Aéroterrestre » que commande le colonel DESCAVES (Air) doit faire face aux mêmes problèmes avec des moyens considérablement réduits.

           La B.A.T. n’est en fait qu’un simple organisme de coordination entre l’Armée de Terre représentée par le 80e Bataillon de Services, et l’Armée de l’Air représentée par la BA. 167.

           Bien entendu, la BA. 167 a la responsabilité de tout ce qui est purement aérien : escale, tour, ELA 57 et garages. La CA 167 administre aussi bien le personnel de la Base que celui de l’Etat-major Air, des PA Air au CIS, du PACTI (1) et de l’ELA.

           Le Lieutenant BLARDOT nous a fait visiter l’escale, bâtiment ultramoderne construit entièrement en aluminium où règne à cette heure-là une intense activité. Sur le parking, des Fenwick s’affairent autour des Nord qui viennent de se poser.

           « Tous les avions, de quelque provenance qu’ils soient, arrivent à peu près vers midi, l’heure la plus chaude de la journée. Le travail du personnel à l’escale est de ce fait rendu extrêmement pénible. Songez que, en été, la température atteint facilement 60 degrés », explique le Lieutenant.

           Une exception toutefois : le Breguet hebdomadaire en provenance de PARIS, qui se pose le vendredi vers 18 heures. Pour son arrivée, le hall de l’escale est toujours comble.

           Tous se trouvent ce jour-là une « bonne raison » pour venir.

L’ELA 57


           Le bulletin de liaison Ve R.A. vous avait à l’époque fait part de la création de cette escadrille de « vaisseaux du désert »… Ses attributions sont restées les mêmes : d’une façon générale, assurer des liaisons pour le compte de la RASA et du CSS, ravitailler les postes isolés et éventuellement participer à la recherche de disparus.

           Depuis notre dernière visite, outre l’achèvement de la période dite de « rodage », l’Escadrille vient de s’enrichir de deux nouvelles acquisitions : d’une part d’un Dassault 315… et surtout d’un délicieux bar d’escadrille, œuvre et orgueil du Lieutenant HUET, responsable de la mécanique.

           « Au désert plus qu’ailleurs, la soif est pénible ! » (2).

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(1) PACTI – Participation Air au Centre de Transmissions Interarmées. A pratiquement les attributions d’un STBS ; effectif 65 hommes. Assure la partie technique de la circulation aérienne, transmission des éléments stationnés à REGGAN.
(2) Il ne s’agit, bien entendu, que de boissons sans alcool !

 

REGGAN :

  C’ÉTAIT
– La base de support du C.S.E.M. (Centre Saharien d’Expérimentati0n Militaire) qui réalisa la première bombe atomique française.

  C’EST

– Une antenne du C.S.E.M.

– Le siège du C.S.S. (Commandement supérieur au Sahara),

– Le siège de l’E.M. de la RASA.
Région Aérienne du Sahara, supportée par « une base aér0terrestre » composée :

– du 80e Bataillon de Services

– de la B.A. 167


Source :

Vème R.A.
Bulletin de liaison des forces aériennes en Algérie
Mensuel n°8 (1962)