BORDJ LE PRIEUR

Les noms changent, mais l’histoire reste et se déroule tel un fleuve tranquille marquant ci et là son passage.
Il en est ainsi de ce petit Bordj construit en un mois, courant mai 1940, sous la houlette de Louis Le PRIEUR.
À l’origine, des oglats ensuite un puits, puis la construction de l’édifice.
Il se situe aux confins du Tanezrouft à :    21° 19’ 55’’ Lat. N     0° 56’40’’ Long. E.

Cette photo a été prise le 11 janvier 1949 soit presque dix ans après sa construction.
Son aspect a très peu changé. Sur la photo, à droite le Lieutenant Barba commandant le premier peloton de la Compagnie Méhariste du Touat, à gauche le méhariste Arioua. (Archives Jean-François Barba)
« Sources : Le Saharien n° 36, 3ème trimestre 1964 »

Le 10 décembre 1956, le Lieutenant Fulchiron calcula à cet endroit un « point astronomique » : « La borne est à 9 mètres au Nord du centre du Bordj ».
Il nous donne ensuite l’état du Bordj : « Petit bâtiment en ruines ». (Archives I.G.N.). Le Bordj a alors 16 ans d’âge.
La carte I.G.N. au 1/200 000 « Aït El Khoua », éditée en mars 1960, porte bien le triangle d’un point « astro » et les précisions : « Bordj Le Prieur (ruines), et puits ».
       La carte Michelin SAHARA n°152 de 1960 porte en gros les mêmes précisions.


Clic sur la vignette pour agrandir la carte

      Cette bâtisse peu élaborée qui n’eut jamais de portes ni de fenêtres ni même de toit digne de ce nom ? Louis Le Prieur écrit d’ailleurs qu’après 18 mois environ « la construction que nous eûmes à peine le temps de terminer, car il fallut rapatrier le chantier en raison de la chaleur ».
Fin de 1941, Louis Le Prieur fit ensuite envoyer d’Adrar où il exerçait les fonctions d’officier des affaires sahariennes, une quarantaine de « khresbas » (planches à section triangulaire extraites du tronc du palmier) et des « karnefs » (base du « djerid », de la palme, qui donne une vraie petite tuile) qui furent stockées à Tessalit, « en vue de réaliser une toiture plus fraîche et plus épaisse », mais que Le Méditerranée-Niger utilisa à son profit !

En 1959, Michel Vallet parle lui de : « Dégradation lente, plutôt que ruines ».

Sur la photo, on aperçoit sur la droite une pancarte sur laquelle est inscrit le nom du Bordj. (Archives Michel Vallet… Sources : Le Saharien n° 151 - 4ème Trimestre 1999)

En 1959, le Bordj Pérez est édifié pour la Gendarmerie Française, à l’est de la piste Béchar-Gao, en face du Bordj Le Prieur situé, lui à l’ouest de cette piste qui franchit à cet endroit l’oued Itaferth.
Ce Bordj, de 30 mètres de côté, était d’un confort inhabituel : eau courante grâce à un forage, électricité, air conditionné, radio, boulangerie avec pétrin électrique, réfrigérateur, il représentait une étape apprécié des voyageurs tant civils que militaires, c’est ainsi que nous le décrit un des membres de La Rahla, le Lieutenant-colonel René Ricatte, ancien Capitaine de Gendarmerie au Sahara.

Photo prise de la piste Impériale par Michel Vallet (1959)
Une Jeep stationnée sous la plaque du Bordj donne l’échelle.
(Archives Michel Vallet… Sources : Le Saharien n° 151 - 4ème Trimestre 1999)

Sans Louis Le Prieur Bordj Badji Mokhtar ne serait sans doute pas !


Clic sur la vignette pour agrandir la carte

Cette photo satellite nous montre la ville aujourd’hui, petit rappel :
- D’abord oglats,
- Creusement d’un puits en 1940,
- Construction de Bordj Le Prieur dans la foulée
- Construction de Bordj Pérez en 1959,
- Un article d’ « El Moudjahid » de mars 1988 explique qu’après 45 ans, ce point du désert reconnu par Louis Le Prieur est devenu une ville champignon sortie de la terre du Tanezrouft sous le nom de Bordj Badji Mokhtar, où sur des milliers de mètres carrés, des murs de « banco » (1) clôturent jardins et habitations, murs hérissés de poteaux porteurs de fils électriques et, peut-être, téléphoniques (voir photo ci-après).
Le journal Algérien décrit un « point vert » sorti du désert, devenu « daïra » : 841 familles, des forages profonds, un centre de santé avec radiographie, fauteuil dentaire, maternité, marché couvert, bain maure, boulangerie, aéroport, soutenant des activités d’agriculture et d’élevage. Douane et police frontière ont là leur base.

(Archives Michel Vallet… Sources : Le Saharien n° 151 - 4ème Trimestre 1999)

Nous sommes effectivement loin des récits de ceux de 1960-1961 d’Alain Harmonic, (contingent des années 1960), écrivant à Maître Fernand Le Prieur avocat honoraire, ancien maire d’Avranches, en hommage à son frère Louis décédé, resté dans l’esprit de ces jeunes reparlant de ces épopées sahariennes conduites par des hommes de légende tel Louis Le Prieur !
Alain Harmonic précise qu’au printemps 1962, il pu accompagner à partir de Colomb-Béchar un convoi jusqu’à Bordj Le Prieur. Il décrit Bordj Pérez, (point de vie), aux couleurs Soudanaises, Bordj Le Prieur servant lui de bivouac à une section du Génie qui campait sous des tentes groupées autour de la construction âgée alors de 20 ans.

Pascal Corteggiani explique : « Jouxtant le fort de Bordj Pérez, sur sa partie Est, un campement ceinturé de barbelés et d’autres défenses accueillait à tour de rôle les pelotons du groupe saharien mixte du Touat. Appartenant à l’un d’eux, je séjournai là de mars à mai 1962.
À l’intérieur du campement, une baraque « Fillod » ; un groupe électrogène alimentant le campement et le Bordj lui-même ; un puits foré à grande profondeur
(2) ; un jardin potager entretenu par les gendarmes et les opérateurs « radio » de la 1ère compagnie saharienne de transmissions : courgettes, tomates et autres légumes y poussaient à profusion. Ces opérateurs « radio » logeaient au Bordj Pérez et y avaient leur matériel. Nous-mêmes avions accès à son bar : un frigorifique permettait boissons fraîches, bière, anisette…
À quelques kilomètres au Nord du site, une piste d’atterrissage permettait aux DC3 de se poser et de nous ravitailler en vivres frais, une fois par quinzaine environ ».

Texte reporté par Guy du PELOUX dans le magazine Saharien n° 151 du 4ème Trimestre 1999…

___________________________________
1 Banco : Terre crue
2 Pascal Corteggiani donne une profondeur supposée de 200 mètres. (S’agissant d’un forage cette profondeur est possible) mais, Jean-Charles Humbert, page 87 de son livre « SAHARA Les Traces de l’Homme », nous donne plus de précisions, situant la profondeur du forage de Bordj Pérez à 64 mètres (eau stabilisée), alors que le premier puits foré dans la région le fut à 80 km au Sud de Bidon V où l’eau fut trouvée à 124 mètres de profondeur. Les deux autres puits furent forés à la balise 250 et à Bidon V.
L’explication de la présence de l’eau dans cette région, nous dit Jean-Charles Humbert, fut donnée en 1940-41 par le géologue Menchikoff (Lire : SAHARA Les Traces de l’Homme Editions Robert CHABAUD).

      Pour plus de détails, je vous invite maintenant à revivre l’histoire telle que décrite par Louis Le Prieur lui-même, texte publié dans la revue Le Saharien n° 36, 3ème Trimestre 1964, de l’Amicale des Sahariens « LA RAHLA ».

   Bordj Le Prieur

Merci à mon ami Robert Di POPOLO (qui m’a communiqué les différents documents cités dans le texte). Robert est le président du comité Grand-Ouest de La RAHLA dont j’ai l’honneur d’être membre.
Merci également à tous ceux qui m’ont permis grâce à leurs précédents écrits de réaliser ce document. (Ils sont cités au fur et à mesure du texte.)

Alain BROCHARD - Mai 2010

  Ne manquez pas la page Louis-Ambroise LE PRIEUR

 

 

Merci à « La Rahla - Amicale des Sahariens »
de nous autoriser à diffuser les articles parus dans la revue « Le Saharien ».

Le site de la Rahla