La cité disparue




Synopsis

Le Français Paul Bonnard (Rossano Brazzi) part à la recherche d’une mystérieuse cité en ruines naguère découverte par son père dans le Sahara. Elle recèlerait un trésor que Paul promet de partager avec Joe January (John Wayne), un aventurier américain qu’il a recruté comme guide à Tombouctou. Dita (Sofia Loren), une prostituée en quête de rédemption et tombée amoureuse de Bonnard, se joint à eux.

Henry Hathaway n'aura pas montré le même brio dans le registre du film d'aventures que dans les autres genres qu'il a abordé comme le film noir, le western ou même le mélo avec le fameux Peter Ibbetson. Ce film inégal et assez longuet en est une nouvelle preuve mais le savoir-faire du réalisateur et surtout le scénario aux détours étonnants signé Ben Hecht en font pourtant une vraie curiosité. Le début est assez typique du genre, un trésor mystérieux à aller chercher, un commanditaire étrange en la personne de Rossano Brazzi et un John Wayne excellentissime (il enchaîne les répliques géniales) en vieux briscard un peu alcoolique connaissant l'Afrique comme sa poche chargé de le guider. Il n'y a que le personnage de Sofia Loren, en apparence simple atout charme qui annonce un peu la suite puisqu'elle s'embarque dans l'aventure suite à une discussion avec Bonnard car touché par la foi de celui-ci en sa quête et qui la traite comme un être humain et pas une prostituée.
Alors qu'on s'attend à une intrigue mouvementée et bourrée de péripéties, Hathaway prolonge plus que de raison les séquences de traversée du Sahara occupant près de la moitié du film. Ce long passage sert à tracer l'opposition qui cimente le film, entre John Wayne et Brazzi. Wayne apparaît comme le gros rustre uniquement motivé par l'argent, manquant constamment de respect à Sofia Loren et ne croyant guère à cette chasse au trésor. Au contraire le personnage de Paul Bonnard, à la poursuite du fantôme de son père est débordant de ferveur et d'exaltation, redonnant confiance et amour propre à Sofia Loren et ne perd jamais espoir même dans les moments les plus dramatiques causés par tous les obstacles humains et naturels du Sahara. Renversement total quand on découvre enfin la fameuse cité perdue, où le rapport s'inverse complètement et le film de quasiment virer au Trésor de la Sierra Madre dans le désert. Une révélation bouleverse complètement les convictions de Bonnard, qui se glisse dans la folie et s'abandonne aux comportements qu'il méprisait auparavant (comme offrir une partie du trésor à Loren pour coucher avec elle). Le côté factice de la perfection qu'il affichait nous apparaît alors au grand jour, notamment cette contradiction entre le désintéressement matériel affiché et sa nature de chasseur au trésor. Au contraire Wayne malgré tous ses défauts est finalement plus humain et sensible et va se rapprocher de Sofia Loren, une nouvelle fois excellente dans un rôle pas évident (et moins fouillé que ce qu'elle peut faire dans le cinéma italien). Le récit bascule dans des abimes de noirceur désespérée lors de ses derniers instants, s'avérant fort poignant quand Wayne et Sofia Loren s'avouent leurs sentiments alors que leur existence ne tient plus qu’à un fil. La conclusion est malheureusement assez décevante et un peu en contresens à la tonalité sombre allant crescendo dans la dernière partie. Plus aventure intérieure et philosophique que vrai film d'action, le film vaut néanmoins le coup d'œil tant il fait par instant figure d'anomalie dans le paysage hollywoodien. De plus l'ensemble est fort dépaysant grâce à la photo une nouvelle fois prodigieuse de Jack Cardiff, et sans être du David Lean le scope de Hathaway est fort maîtrisé lors des séquences de désert où dans la cité en ruines.

 


Source : Magazine « Jeunesse cinéma » n°11 d'octobre 1958

 

 

Serge LE PUIL - Juillet 2014