UNE VISITE PEU ORDINAIRE

 

Nous étions sur Adrar à ce moment et j’avais la charge d’un des foyers de notre unité. Cette situation était très agréable et plus enviable que les longs parcours en Dodge lorsqu’il nous fallait traverser ces étendues Sahariennes, mais quand malgré tout personne, malgré l’inconfort, n’aurait cédé sa place à un autre.

Ici au foyer, pas de restriction sur les boissons, et surtout peu de risque d’insolation.

Par une belle journée d’un printemps qui arrivait à son terme, le Commandant de l’unité m’appelle au téléphone. Le Commandant que nous appelions « Rouston » du fait de sa signature, avait besoin de mes services. Il lui fallait de suite une certaine quantité de boissons, de plus il me disait de lui apporter ça au plus vite.

Pourtant nous n’étions pas en pleine « cagna » et depuis ma prise de service au foyer, il ne m’avait jamais habitué à ce style d’exercice, mais quand la soif dépasse l’entendement ! Je « rapplique » au pas… cadencé, service oblige, lorsque le boss appelle à « l’aide », le « Big chef » m’attendait de pied ferme à son logement de fonction où il habitait avec sa fille.

« Rouston » avait l’air de bonne humeur et pour cause, me faisant entrer à l’intérieur il me présente une belle « brochette » de filles arrivant de Paris me dit-il. Curieusement personne n’avait rien vu, n’en avait rien su et l’évènement n’avait pas été « éventé », car je peux vous assurer qu’il y aurait eu quelque part un « sacré » comité d’accueil.

Tout en servant à boire à ces demoiselles venues d’on ne sait où et pourquoi, le Commandant m’explique qu’il me fallait préparer une visite de la palmeraie pour que ces demoiselles puissent garder le meilleur souvenir de leur passage à Adrar.

Il me chargeait donc d’une opération touristique avec les moyens du bord à savoir, nos Dodge habituels dans lesquels embarquerait la gent féminine, plus quelques « guerriers » prêts à l’emploi qui arboreraient fièrement leurs fusils. « Rouston » ajoutant, qu’il me fallait aussi demander les services d’une automitrailleuse, sécurité oblige, le protocole quoi !

Inutile de vous dire que j’eus plus de volontaires que nécessaire.

Nous acheminons les véhicules sur la place, le temps que ces « demoiselles » aient terminé de se désaltérer et là tout le monde embarque sous les yeux charmeurs d’un « Rouston » aux « anges » !

Il devait penser à ce moment notre « Rouston », voilà une mission bien menée.

Dodge et demoiselles n’étaient pas vraiment compatibles, mais ceci allait parfaitement bien aux sahariens prêts à aider, supportant de regards discrets la féminité se hissant dans les 6x6.

Elles n’avaient pas été prévenues les « citoyennes » de ce que leur réservait la visite à Adrar.

Mais on ne peut pas passer près d’une oasis sans profiter de ses palmiers, du calme de la sérénité de l’endroit, sans oublier la beauté du décor.

Nous voilà partis, moi en tête chef de bord du 4x4 qui ouvrait la route. Les « guerriers » n’ayant d’yeux que pour les belles, nous n’avions aucun souci d’un éventuel guet-apens.

Toutefois l’automitrailleuse nous sécurisait au cas où !

La visite se poursuivant, à l’occasion d’une halte pour mieux admirer le paysage superbe de l’oasis, comme souvent un des « troupiers » vient me voir me disant il faut qu’on leur fasse un coup dont elles ne pourront que se souvenir, désignant ainsi nos « touristes » du moment qui n’hésitaient pas un instant à entamer la conversation avec ces glorieux soldats, tous en verve d’explications.

Non rassurez-vous, quand même pas dans le style de : Vous habitez chez vos parents ???

Le collègue me dit si on tirait un coup de fusil en l’air ça créerait un moment de panique, puis dans le même temps on simulerait une panne de démarrage d’un Dodge et on leur demanderait de pousser, comme ça se fait dans ces cas là…

Ben oui, mais entre pousser une voiture sur route goudronnée et un Dodge dans le sable il y a une marge. Une marge à ne pas franchir d’autant que « Rouston » resté à l’abri se serait étonné de ce retard inopiné et serait arrivé à la rescousse au risque de voir le poulailler se disperser.

Pendant ce temps-là j’imaginais de suite « Rouston » m’attrapant par l’oreille pour me traîner où, facile à deviner, au placard où il m’aurait fait expier cette incartade non tolérable de la part d’un chef, d’un Caporal-chef que j’étais à l’époque.

Tous reprirent le chemin du cantonnement, il n’y eu ni coup de feu, ni panne…

Comme disait « Hannibal » dans l’Amour du risque : J’aime qu’un plan se déroule sans accroc …

Ce fut le cas, notre ami « Rouston » retrouvant sa basse-cour, tout se terminait bien !

Avions-nous vécu un miracle ou plutôt un mirage, nous n’entendîmes plus parler de ces belles qui disparurent sans laisser de traces !

C'est  ça  aussi  l'enchantement  du désert...


Louis Masclet