PRISONNIERS DU PLATEAU

 

Cette histoire véridique devait de bonne mémoire se passer en l’an de grâce 1962.

Basé à Adrar, le Groupe Saharien Mixte du Touat, vulgairement appelé « La Touat » se ravitaillait principalement à la base de Reggan-Plateau. En effet la noria, quasi journalière des fameux Noratlas 2501 à deux queues, utilisés principalement pour les parachutages, avait pour fonction première au Sahara, déjà le transport des troupes, mais surtout l’acheminement de toutes les denrées alimentaires utiles et nécessaires aux secteurs concernés.

Reggan-Plateau, de par ses installations, disposait de la logistique adaptée avec hangars de stockages, etc.

Ce jour-là, partis aux aurores d’Adrar, nous avions comme mission de revenir avec nos « Gazelle » chargées de toutes victuailles, conserves, fruits, légumes, sans oublier les précieuses caisses de K combien incontournables.

En tant que chef de groupe, j’étais Sergent à l’époque, j’avais une mission personnelle qui consistait à remettre des documents à l’Adjudant de la Légion stationnée à ce moment sur la base.

Pendant que l’Adjudant me recevait, mes « gars » étaient partis effectuer leur chargement comme à l’accoutumée, ces missions étaient régulières pour nous approvisionner.

L’Adjudant m’invita aussitôt à aller nous réconforter au foyer de la Légion tout proche, ceux qui l’ont connu s’en souviendront !

Le temps passe vite et comme vous le savez au Sahara le soleil se couche tôt.

Mais au foyer tout se passait pour le mieux, mes gars étaient revenus et s’étaient attablés à l’écart, respect du grade oblige et les légionnaires ne transigent pas sur le principe de l’autorité et de la discipline force de nos armées… Non je ne vous la refais pas vous connaissez la musique.

Et la musique de la Légion comme vous le savez, « tourne au ralenti ». Ce qui est un bien quand la bière coule à flots. Nous savons tous aussi que la quantité absorbée n’est pas forcément compatible avec un grand soleil et du fait nous devions respecter la règle de ne sortir du foyer que lorsque l’ardeur des rayons ne se ferait plus ressentir. Bref nous avions tous pris une telle « murge » qu’il nous fallait désormais rentrer au plus vite.

Après nous être congratulé dans les règles avec nos amis légionnaires, l’embarquement fut immédiat direction Adrar.

Le convoi se dirige alors vers la sortie du plateau, quand à ma grande stupéfaction je m’aperçois que les grilles étaient fermées. Je descends du camion pour aller vers le poste de garde, lorsque la sentinelle m’interpelle, me disant :

Vous allez où ? Vous voyez bien que la base est fermée et qu’il n’est pas question de passer !

Mais bien sûr, encore un plaisantin me disais-je en me dirigeant vers le poste de garde pour rencontrer le sous-officier responsable. Ce dernier me répète aussitôt les mêmes « antiennes » que sa sentinelle. Sans me fâcher, car ça commence à me monter au « ciboulot », je lui explique que basé à Adrar où nous sommes attendus, il faut qu’il nous laisse sortir de la base.

Sa réponse est formelle et c’est un NON, franc et massif !

« Madre Dios » pour ne pas dire autre chose, mon sang ne fait qu’un tour, je demande au Caporal-chef d’appeler l’officier de garde, pendant que je fais transmettre à mon Capitaine à Adrar les raisons de notre retard. Nous sommes « prisonniers » à Reggan transmet le radio.

Bref sur ces entrefaites, un Lieutenant arrive en gesticulant me refaisant à nouveau la « messe » déjà servie par ses troupes.

On se calme lui dis-je, mettez-vous en contact avec mon Capitaine à Adrar, il vous dira la suite. L’officier appelle du poste de garde et quelques instants plus tard, la mine déconfite, il sort du bâtiment me disant : c’est bon, vous pouvez y aller, mais c’est sous votre entière responsabilité nous sommes bien d’accord… Nous connaissons ces discours, et je n’épiloguerai pas sur ceux qui les tiennent.

Le responsable en l’occurrence c’était moi et je comptais bien ne pas déroger à cette tâche.

Les grilles s’entrouvrent, je donne le départ et nous voilà direction plein Nord sur cette piste que d’aucuns connaissaient bien.

La nuit était tombée mais là n’était pas le problème l’éclairage de nos véhicules était suffisant pour que nous puissions progresser normalement vers Adrar. À mi-chemin pourtant une halte fut nécessaire et même indispensable et nous voilà tous alignés en bordure de piste pour rendre à la nature l’hommage incontournable de la K.

Puis nous arrivons à Adrar où le Capitaine nous attendait, disant : Stationnez les véhicules ici, nous ferons le déchargement demain, à par ça tout s’est bien passé ? Parfait, eh bien à demain et bonne nuit...

Le lendemain fut un autre jour !!!

Louis Masclet