LA RAHLA (Amicale des Sahariens)
Le Saharien n° 49 du 1er trimestre 1968
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


 

    C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès survenu, le mercredi 29 novembre à BEAULIEU-SUR-MER, du Commandant Max de la FARGUE.

    Ce n’est pas aux lecteurs du « SAHARIEN » que j’apprendrai qu’il était des nôtres depuis fort longtemps. Nos amis ont en effet lu avec plaisir et intérêt, quelquefois avec émotion, les chroniques vivantes qu’il avait bien voulu rédiger pour notre revue et dans lesquelles on pouvait apercevoir, à travers l’histoire vécue du SAHARA au cours du dernier demi-siècle, la propre aventure du SAHARIEN de la FARGUE.

    Il était de ceux qu’aucune entreprise, fut-elle pleine de difficultés, pouvait rebuter. Il avait été au SAHARA officier, aviateur, architecte, explorateur, colon, écrivain et dans chacune de ces activités où il fut à la fois un pionnier et un réalisateur, il a laissé des œuvres durables.

    C’est ainsi qu’il mena à bien la création du PORT aérien d’EL AOUINA à TUNIS. Il fut un des premiers à percevoir le rôle que devait jouer l’aviation au SAHARA et, apôtre convaincu, il parvint à faire partager sa foi au Colonel HIRCHAUER, alors Grand Maître de l’Air à PARIS, qui le chargea de constituer, d’installer et de commander la première escadrille saharienne à BISKRA. C’est du petit terrain d’EL GHEZEL au pied des ZIBAN que s’envolèrent les premières reconnaissances au-dessus du désert.

    Ce fût-là également que le Commandant de La FARGUE utilisant le châssis d’un FARMAN qui avait « cassé du bois », construisit « l’Aérosable », automobile mue par un moteur d’avion et une hélice et qui se comportait admirablement dans le franchissement des dunes. Malheureusement la direction, le freinage, la protection du moteur contre le sable posaient des problèmes qui ne furent résolus que plus tard.

    C’était l’époque de la Pénétration de l’automobile au SAHARA, deux grands raids venaient d’être réalisés avec un plein succès, Chenilles Citroën par le HOGGAR, six Roues Renault par le TANEZROUFT et le Commandant de La FARGUE avait participé à leur préparation, lorsqu’il fut chargé en 1925 par le Président DAL PIAZ d’organiser les circuits Transatlantiques au SAHARA et notamment celui du Grand Erg qui se développait sur quelques 2 500 km et comportait la mise en place d’une demi-douzaine d’hôtels qui devaient être des modèles de confort et de charme dans un pays où il n’y avait rien et où le seul moyen de transport était le chameau. Tout fut réalisé en une année et l’inauguration du Circuit du Grand Erg eut lieu pendant l’hiver 1926.
    Mais Max de la FARGUE avait le souvenir de sa première garnison saharienne : BISKRA et c’est là qu’il rêvait de construire son BORDJ SAHARIEN où au retour de ses missions il trouverait, au pied des montagnes et à l’orée des plaines fauves de l’Oued Ghir, le calme propre à la méditation et au travail intellectuel auxquels il s’était souvent adonné. C’est là que Madame de La FARGUE avait acheté un terrain, le long d’une grande dune, près d’un marabout qui s’appelait SIDI GN’AOUA, qu’elle avait, avec un courage, une ingéniosité et une persévérance remarquables créé une palmeraie qui n’était pas seulement une résidence d’agrément, mais qui était aussi productive et dont nos amis furent dépossédés par la bourrasque qui souffla sur l’ALGÉRIE.

    Max de La FARGUE fut un écrivain de talent, il était l’auteur de nombreux ouvrages : « HAUT LES AILES », « WITH WING OUTS- PRED », « YENNERA LA TARGUIA », « GYPTIS MAGNA », « LE MAITRE DE L’AIR », « NOTES D’UN OFFICIER OBSERVATEUR » et récemment « AU PAS LENT DES MEHARA », souvenirs sahariens qu’il avait rédigés pour notre revue. Il nourrissait d’autres projets littéraires et nous devons déplorer qu’il n’ait pu les mener à bien.

    Toutes ses entreprises dans des branches si diverses ont été profondément marquées par son tempérament d’artiste original, inventif, curieux et réalisateur et par son profond amour de la FRANCE et du SAHARA.

    Nous déplorons la disparition de cet ami sûr et de ce vrai Saharien.
A.N.