Victor JACOPS
Adjudant-chef
Compagnie de Gendarmerie d'Adrar
et Poste Prévôtal de Colomb-Béchar

Août 1960 – Mars 1963


Déplacer le pointeur de la souris sur les décorations

Les photos et légendes sont de Victor JACOPS

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Article paru en 1982 dans le bulletin de liaison de l’Amicale des
Anciens de la Gendarmerie du Sahara et d’Algérie « La Croix du Sud »

LES MOUSQUETAIRES

JACOPS Alphonse s’exprime ainsi : Je soussigné JACOPS Alphonse, menuisier demeurant à Fontoy, quitte ladite commune du pays annexé à la Prusse pour aller résider en France et y fixer domicile. Fait en mairie le 30 Septembre 1872. (Extrait du livre Fontoy son histoire par M. FASTINGER, Sénateur de la Moselle, 1960-1965).
Après la guerre de 1870 tous les JACOPS quittent leur village d’origine Fontoy (Moselle).
En effet en 1872 JACOPS François s’installe à Paris avec ses trois fils dont le grand-père (Victor) de notre Mousquetaire.
JACOPS Victor est né le 5 octobre 1922 à Saint-Denis (Seine), d’origine Lorraine par son père, du Nord de l’Alsace voire même du Wurtemberg par sa mère. Son père était ajusteur et sa mère sans profession. Il a grandi au foyer d’une famille pauvre, travailleuse et honnête qui l’aimait. Son enfance a été rude, l’hiver pour faire sa toilette il devait parfois casser la glace, l’eau du seau étant en partie gelée. Il n’y avait aucun confort au 3ème étage de l’immeuble sis au 46 rue de la République à Saint-Denis (pas d’eau courante et un W.C. pour 7 ménages). Toujours il a mangé à sa faim, mais il n’y avait pas de hors-d’œuvre et c’était fromage ou dessert. Il était en partie vêtu de vêtements usagés que l’on donnait à ses parents pour lui. À 11 ans il obtenait son Certificat d’Études, à 15 il était titulaire de 2 diplômes de sténographie et 2 de commerce et comptabilité pour entrer dans la vie active comme employé de bureau. En suivant les cours du soir à 16 ans il passait avec succès son C.A.P. comptable. À la déclaration de la guerre en 1939, il va avoir 17 ans, en Mai 1940 c’est l’exode, requis par la Société SULZER (fabrique de diesel marin) qui l’emploie, à bicyclette, il se rendra de Paris à Orléans puis à Quiberon. En cours de route il subira le mitraillage de l’aviation italienne. Le lendemain de son arrivée à Quiberon ce sera l’arrivée des troupes ennemies, il restera enfermé pendant 3 jours répugnant de voir la soldatesque allemande. Un revolver en poche, à bicyclette, il rejoindra Paris le 14 juillet 1940. Il retrouve son emploi que pour peu de temps, en septembre de la même année il est licencié, et pour cause, il crachait aux pieds des officiers allemands qu’accompagnaient Directeur et Cadres de l’Entreprise. Immédiatement il entre au Gaz de Paris comme décrasseur de four, puis fin 1940 il sera embauché comme aide-comptable dans les Établissements DAVUM, où sous les ordres de son Directeur, il établira une fausse comptabilité matières afin que l’industrie française obtienne un contingent supplémentaire de métaux non ferreux. Pendant son emploi dans ces Étab1issements il suivra les cours du soir des Arts et Métiers (inscription et fournitures scolaires payées par son employeur) pour le traitement thermique et mécanique des métaux.
Fin 1941, peu de temps avant son mariage, à la porte Clignancourt il sort de la bouche du métro, le 18° arrondissement de Paris est consigné par les allemands à la suite d’un attentat. Pris de fureur il veut « foncer » contre l’occupant, des femmes se saisissent de lui et de force le ramènent dans le métro (ce jour là, ces femmes inconnues lui ont très certainement sauvé la vie).
Le 27 décembre 1941 il se marie à Saint-Denis, il vient d’avoir 19 ans et son épouse va en avoir 18.
En août 1942 il quittera la région parisienne pour aller travailler comme comptable chez un expert comptable à Soissons.
En mars 1943 il est requis pour le S.T.O., il décide de se rendre en Espagne, son père lui propose de l’argent, mais sur les instances de sa mère et de sa femme enceinte, il ira travailler en Allemagne. Sa mère et sa femme le conduiront jusqu’à la gare de l’Est à Paris. En cours de route, le convoi s’arrête à Charleroi, la Croix Rouge offre des boissons chaudes, il fait nuit, il en profite pour s’évader mais ses camarades de voyage, pris de peur, le rattrapent et le remettent avec sa valise dans le convoi. Enfin il ira jusqu’à Duisbourg où il sera employé comme manœuvre à la réparation des fours Siemens. Mais à Pâques 1943 il s’évade à nouveau avec 3 de ses camarades, tous les 4 seront arrêtés en Hollande, ramenés en Allemagne et incarcérés à la prison de Krefeld. Pendant son séjour en Allemagne ce sera une suite de sabotages, allant du seau de ciment versé par « maladresse volontaire » sur les pieds des ouvriers allemands en passant par le matériel et les matériaux cassés, allant jusqu’à la grève générale qu’il lance dans le camp parce qu’un Français est mort de maladie faute de soins.

Victor JACOPS a été indemnisé par le gouvernement Allemand en 2004 et 2005 pour travail forcé en situation d'esclavage. NDLR

Le 23 juillet 1943, son épouse lui offrira un beau petit garçon prénommé Daniel. Deux jours après il pourra remercier sa femme et embrasser son fils pour la première fois. Il est arrivé près d’eux muni d’un passeport allemand et d’une permission revêtue de faux cachets fabriqués par un déporté du travail. 15 jours après il ira se cacher en Belgique et en septembre de la même année entrera dans un mouvement de résistance Belge sous les nom et prénom de Caillaux Victor dit Bébert.

Passeport allemand
Fausse carte d’identité belge.
Né à Lisieux (France) de parents belges.
Invention de la Résistance belge compte tenu de mon accent

Il participera au sabotage des voies de communication puis à la libération de la Belgique. Ce pays allié lui décernera la Médaille de la Résistance, la Médaille Commémorative de la Guerre 1940-1945, et il sera cité à l’ordre du jour par le Front de l’Indépendance.
Pour ses actions dans un mouvement de Résistance étranger, la France lui accordera la Médaille de la France Libérée et la Croix du Combattant Volontaire de la Résistance.
Dès la libération de la Belgique il rejoindra la France avec son épouse et son fils alors âgé de 15 mois.
Il va retrouver son emploi de comptable à Soissons (Aisne), mais il n’a plus d’appartement sur place et sera dans l’obligation d’effectuer 40 kms par jour, à bicyclette, pour aller travailler. Provisoirement il demeure, avec sa femme et son fils, chez ses parents.
En octobre 1944 il établit sa demande d’entrer dans la Gendarmerie. Il y sera admis le 15 Novembre 1944 comme élève gendarme auxiliaire affecté à la brigade de La Neuville Roy (Oise). Il effectuera un stage de 3 mois à l’école de Gendarmerie de Mamers (Sarthe), à l’issue duquel, en octobre 1945, il sera nommé Gendarme et affecté à la brigade de Saint-Quentin (Aisne). En février 1946 il est gendarme comptable à Rouen (Seine-Maritime). En 1947, il concourt pour le grade de M.D.L.-chef, remis à la disposition de la brigade de Rouen, il est immédiatement détaché au Secrétariat de Section, puis au Fichier Compagnie et enfin désigné pour devenir gendarme radio. Pendant ce temps il suit les cours de la Revue d’Études Militaires afin de préparer l’examen à l’école préparatoire d’élèves Officiers. En 1948 à Rouen, son épouse va lui offrir son second fils Jean. Fin 1948 il est muté au Havre (Seine-Maritime) et procède à la mise en place du service radio de la Section. Dans cette résidence, après avoir été gendarme radio, il sera affecté à la brigade des recherches, 4 années de suite il lui sera refusé de se présenter à l’examen en vue de l’épaulette. Mais Le Havre verra venir au monde son troisième enfant Guy en 1951.

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