Pierre THIVET
Appelé du contingent 61/1
PACTI 86/360 - Station réception

 

Base Aérienne 213 à Bône les Salines du 22 février au 18 avril 1961
ETR 805 à Mouzaïaville (Groupement de Transmissions Régional 805)
PACTI 86/360 à Reggan (Participation Air au Centre de Transmissions Interarmes) du 27 octobre 1961 au 1er décembre 1962

BA 213
ETR et GTR 805
CSEM

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Comme pour tous les jeunes de ma région – j’habitais alors un petit village du nord-meusien – mon premier contact avec l’armée avait nom « Commercy », où j’ai passé mes trois jours de sélection, du 9 au 11 janvier 1961.
Parmi les tests qu’on nous faisait passer, l’un consistait à reconnaître trois signaux différents, à savoir les lettres i, n et t c’est à dire ti ti, ti ta, ta. Ce n’est que plus tard que j’en comprendrai la signification. Il faut croire que mes résultats ont été satisfaisants car ils ont, et je l’ignorais encore, été déterminants pour la suite de mon parcours.
Nous étions encore en pleine guerre d’Algérie. Lorsqu’on m’a demandé quels étaient mes souhaits en matière d’affectation, j’ai choisi l’arme blindée et l’Allemagne. C’est pourquoi, en toute logique, j’ai été affecté dans l’armée de l’air en Algérie, classe 61/1.
Arrivé à Marseille le 17 février 1961, j’ai embarqué le lundi 20, comme 1 400 autres jeunes de mon âge, à bord du «Ville de Marseille» à destination de Bône où nous sommes arrivés le lendemain après une traversée sans histoire.
Les deux mois de classes terminés, j’ai été transféré à Mouzaïaville, où se trouvait le Groupement de Transmissions Régional 805, une école destinée à la formation des différents personnels des transmissions. Au terme du stage de lecteur au son (76-41) de quatre mois, chacun choisissait son affectation en fonction de ses résultats. Ayant terminé troisième, et les deux premiers ayant choisi Colomb-Béchar, j’ai donc opté pour Reggan, où je suis arrivé le 26 octobre après un passage obligé par Hussein Dey, le centre de transit emprunté par des milliers de bidasses. Ce fut pour moi l’occasion de prendre le baptême de l’air. J’étais curieux de voir comment fonctionnait le mécanisme du train d’atterrissage de l’appareil, un Noratlas. Aussi je m’étais installé au bon endroit, c’est à dire juste derrière le moteur… Inutile de dire qu’après quatre heures de vol, mes oreilles bourdonnaient longtemps encore après l’atterrissage !

Mes fonctions à la station réception consistaient à recevoir et à envoyer des messages en morse : plans de vol, messages provenant ou à destination des avions, SINOP (messages météo), sans oublier les interminables messages chiffrés. Le service fonctionnait 24h sur 24, nous assurions donc les vacations par roulement. De ce fait, nous avions un régime un peu spécial, avec une carte de permanent qui nous permettait de fréquenter le réfectoire en dehors des horaires habituels.

La station réception
Carte de permanent
et carte de réfectoire
Messages du
DC3 F-UIHE

Quelques faits dont je me souviens :
Le réveillon de Noël 1961 s'est passé à la station émission, où officiaient plusieurs copains de ma chambre, et nous y avons passé la nuit. La messe de minuit a été chantée par les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, venus spécialement de France pour l’occasion. À noter qu’on avait fait venir également un sapin (un vrai !).

Réveillon du Nouvel An 1961
(photos prises dans notre chambre)

14 janvier 1962. À l'occasion d’une sortie à la palmeraie de Taourirt, le chef du village nous a invités à prendre le thé à la menthe. Nous avons donc eu droit aux trois services traditionnels. Une expérience très agréable dans le contexte de l’époque.

1er novembre 1962. Quatre pompiers de l’armée de terre, passablement éméchés, ont «emprunté» un camion et, grâce à la complicité du chef de poste, sont sortis de la base. Malheureusement, lors de la descente du plateau, leur véhicule s’est renversé dans un virage et est tombé dans le ravin. Bilan trois morts et un blessé grave. Ils étaient libérables, et devaient être libérés le lendemain, je crois.

À une date que j’ai oubliée, nous avons pu assister au lancement d’une fusée. Pour des raisons de sécurité, nous étions consignés dans nos chambres, mais bien sûr tout le monde était dehors, certains même grimpés sur le toit des Fillod ! Le spectacle n’a pas duré longtemps, mais nous avons pu observer l’émission d’un nuage de sodium à une centaine de kilomètres d’altitude.

Le 14 novembre 62, un général devait faire une tournée d’inspection à In Salah et El-Goléa. Comme il restait des places dans l’appareil – un DC 3 – il avait demandé aux divers chefs de service de proposer un homme de troupe pour l’accompagner, ce qui était plutôt sympa de sa part. Pour la station réception, c’est moi qui ai été proposé et j’ai donc fait partie du voyage.
Or, quelque temps auparavant, un collègue de la station, pas mauvais bougre mais plutôt râleur, et qui était ce jour-là chargé du ménage de la pièce, s’était aperçu que le balai n’avait plus de manche. Il avait donc affiché ses doléances en termes bien sentis au tableau destiné à recevoir les diverses informations. Histoire de m’amuser un peu, j’avais ajouté au bas de ses récriminations, en guise de réponse : « Pour balayer, mieux vaut un balai sans manche qu’un manche sans balai », en signant TVT. Lorsque l’adjudant de la station (l’adjudant Henry) a pris connaissance de ces messages, il s’est bien marré ! Aussi, je me suis toujours demandé si ce n’est pas pour cette raison qu’il m’avait fait bénéficier d’une balade imprévue...

Chaque Fillod possédait son lot de matériel «soustrait» de l’inventaire des cuisines par les classes successives de bidasses, comme des couverts, plats en inox ou autres ustensiles, et qui servaient lors des repas que nous organisions de temps en temps dans nos chambres. Pour éviter les ennuis lors des revues de détail, tout était enfoui dans le sable à proximité immédiate de la chambre.
Une chose qu’il valait mieux soustraire aussi aux regard indiscrets car interdite, la fameuse « bite chauffante », indispensable à la préparation du Nescafé matinal.
Pour ceux qui n’ont pas vécu cette expérience saharienne, cet ustensile consistait en une planchette isolante, en bakélite ou en bois, dans laquelle étaient enfoncées deux grosses pointes sur la tête desquelles aboutissaient deux fils reliés à une prise électrique. La planchette posée sur le bol rempli d’eau, il suffisait de brancher la prise pour amener rapidement l’eau à bonne température.

Dans ma chambre, quelques semaines
ou quelques jours avant la libération.
Sur la photo de droite, on voit distinctement
la fameuse «bite chauffante» en action