COUPE DE CHEVEUX PEU ORDINAIRE

 

J'aurais pu mettre « coupe de douilles » dans le titre, le terme aurait sans doute été mieux adapté, mais restons Français.

Cet après-midi-là, au cours de la sieste, nous fûmes convoqués au pied levé pour nous diriger vers la fillod des « Effectifs » de la BA 167, pour raison inconnue que nous ne tarderions pas à découvrir.

Le sergent de semaine qui commandait la manœuvre faisait grise mine, mais il ne nous avait pas vendu la mèche.

En « colonne, couvrez ! », non l'Armée de l'Air ne fonctionne pas vraiment comme ça (lire : Le défilé du 14 juillet 1963, dans la rubrique du site : Je me souviens), nous allions donc vers le lieu désigné.

Arrivé sur place un « olibrius », « aspirant » de surcroît avait été recruté à Reggan.


L'olibrius en question avait convoqué le coiffeur du foyer, dont d'ailleurs nous étions tous clients, et pour l'aider dans sa tâche, il avait nommé au hasard deux de nos compatriotes qui, tondeuses en main, faisaient le « sale boulot ».

Pour ceux qui tombèrent sur le coiffeur digne du nom il n'y eut pas trop de dégâts, mais les autres les « pôvres peuchère », entre escaliers, manques, trous dans la crinière, les représentants de la BA 167, mines déconfites, avaient piètre allure à commencer par nos chefs directs.

Ce jour-là étant de repos j'y avais eu droit aussi, mais la chance me valut de tomber sur le « pro » !

La cérémonie finie, nous réintégrâmes nos pénates d'un air désabusé.
Puis, nous n'entendîmes plus parler de ce zélé citoyen, qui n'avait pas compris que lorsque l'on côtoie des « éléphants », il est préférable de les observer de loin avant que de vouloir les « titiller ».


Qu'est devenu le quidam ? Nul ne le sut, sauf certainement ceux qu'il avait agacés.

Je pense que son départ vers d'autres destinées fut le moindre de ce qu'il aurait pu subir par la suite, car lorsque les éléphants se déchainent, il vaut mieux marcher à l’ombre. Comme quoi jeunesse et galons ne suffisent pas forcément pour diriger une manœuvre.

Nota : Sans revenir sur ce texte déjà ancien, en 2018, André un camarade de chambrée de la Fillod 21 section 3, que nous occupions à cette époque, m’écrivait qu’il avait un très bon souvenir du quidam en question. En effet, notre ami André avait failli bénéficier des largesses de ce triste sire, qui lors de la préparation du peloton, lui avait promis (en référence à la 7ème Compagnie !): « Vous me ferez 15 jours ! »…

Il est vrai qu’à Reggan les rapports avec la hiérarchie, enfin les gradés, n’avaient aucune comparaison avec ce que nous avions connu au moment de nos classes. André avait répondu au monsieur qui n’avait pas apprécié !

André, qui n’avait pas bénéficié de la coupe en « brosse » étant de permanence ce jour-là, avait eu droit le jour de ses vingt ans à la présence inopinée de l’énergumène venu tout naturellement perturber son anniversaire. Bien que les vingt ans ne pouvaient qu’être sacrés et se devaient à Reggan d’être fêtés dans les meilleures conditions… Rien ne pouvait arrêter l’affreux dont le nom le prédestinait plus au ménage ou au mieux à l’utilisation « de la brosse » d’autant qu’il ne s’attendait guère « au coup de balai » dont certains étaient en train de s’occuper !!!

Bref, l’Aspirant avait été renvoyé dans ses foyers, du moins sur une autre base aérienne où le soleil cognant moins fort, lui serait moins insupportable, de même que les « teigneux » qu’il avait voulu tondre. Je vois déjà d’ici les sous-offs « cramoisis » de colère dirent au Lieutenant-colonel, dégagez-nous ce citoyen, « du balai », nous n’en voulons plus, sans cela ce sera la révolte !!!

Ceci pour faire deviner le nom de l’imbécile pour ceux qui l’ont bien connu, qui « du balai » fut renvoyé « brosser » ses guêtres chez les chauves !!! Est-ce que cette histoire lui permit de comprendre qu’elle devait être la véritable attitude d’un chef, laissez-moi en douter ! J’appris bien plus tard que notre « du balai » avait continué sa carrière dans l’Armée de l’Air jusqu’à devenir patron d’une BA dans les pays de Loire. Le naturel revenant toujours au galop, j’irais jusqu’à supposer que d’aucuns ont eu à connaître les frasques diverses et variées de leur chef « bien-aimé » !!!!

Comme quoi tout peut conduire à tout, règle bien connue !




Alain BROCHARD - Le Verdon sur Mer - Août 2009…Modifié - Novembre 2020