Werner WEISS
CCS - Atelier du corps 2ème échelon B
Colomb-Béchar et Reggan
janvier 1963 – juin 1966


Werner nous a quittés le 24 juillet 2015

EN juin 1962 je prends la décision de souscrire un engagement au titre des Unités Sahariennes du Train.

Le 1er juillet 1962 je rejoins le C.I.T. 156 à Toul, quartier Perrin-Brichambault, où se trouve le groupement d’instruction des engagés volontaires.
Incorporés avec les appelés de la classe 62 2/A nous devenons les cadets, nous sommes totalement séparés des camarades appelés, dans notre lugubre quartier du C.I.T.




Quartier Perrin-Brichambault


Nous sommes une trentaine dans une chambre sous les combles avec au milieu un poêle à charbon dont nous apprécions la faible chaleur en hiver, par des températures qui descendent à -30° Celsius.


Parmi nos camarades, il y a beaucoup de Pieds-Noirs ayant quitté l’Algérie depuis le début 1962. Je comprendrai vraiment leurs récits nostalgiques, bien peu de temps après avoir posé mes pieds sur le sol algérien.

Après les formalités d’incorporation, c’est parti : F.C.B, permis de conduire, C.T.1 puis dans la foulée le C.T.2. Le tout accompli en 6 mois, l'hiver était particulièrement rude fin 1962 et je rêvais déjà de la chaleur saharienne.

Fin décembre, nous bénéficions d’une semaine de permission avant de rejoindre nos affectations choisies.
Le 2 janvier 1963, je pars de St Quentin dans un train à vapeur pour rejoindre Paris. Sitôt arrivé et encombré de mon paquetage, je m’engouffre dans le métro pour rejoindre la gare et reprendre un train direction Marseille. Je me rends ensuite dans cet oh... combien accueillant centre de transit le B.T.L.M.

Dans ce centre, je me rends compte que je suis le seul tringlot de Toul à être affecté aux U.S.T.
Après une semaine d’attente, le jour d’embarquement est arrivé. En arrivant sur le port de Marseille, j’aperçois un magnifique navire portant le nom Ville de Marseille, qui suscite mon admiration, mais elle est de courte durée car notre groupe, à destination d’Alger, doit embarquer sur un véritable tas de rouille nommé El Djezaïr, et malgré mes protestations auprès des gradés chargés des opérations, on me fait embarquer pour Alger ! (alors que ma destination devait être Oran)
Beaucoup d’anciens, avant et après moi, ont subi cette traversée vers l’Algérie en hiver par une mer démontée sur ce rafiot, pour ces raisons, je ne la relaterai pas.


« Bienvenue sur L'El Djezaïr »


Après 72 heures de voyage, nous apercevons Alger la blanche sous un soleil radieux.
Nous descendons du bateau et nous devons nous rassembler derrière notre chef de groupe. Au bout d’une heure, tous sont rassemblés sauf moi …. étant un élément isolé, car je devrais être à Oran au lieu d’Alger !
Bien sûr, je me fais remonter les bretelles par un adjudant :
Toi là-bas, le caporal, range-toi dans ton groupe !
Je n’ai pas de groupe mon adjudant, je devrais être à Oran et je me retrouve par erreur au BTIM à Alger (BTIM = Base de Transit Interarmée Méditerranée).
Montre-moi ton ordre de mission !
Il me l’arrache littéralement des mains et lit à haute et intelligible voix :
Muté aux UST… c’est où ?
C’était l’unique mention sur l’O.M. Je réponds :
Unités Sahariennes du Train !
Quel Unité ? Le Sahara est immense !
Je n’en savais rien ! Personne à Toul ne m’avait dit dans quelle unité j’allais servir.
Va voir au bureau régulateur me dit-il, monte dans une jeep et suit le convoi qui quitte le Port.
Un lieutenant regarde l’ordre de mission :
Il manque le lieu et l’unité sur cet O.M !
Bon me dit-il, tu vois là-haut, toute la rangée de très grands bâtiments ?
– Oui mon Lieutenant

C’est le centre de transit militaire d’Alger ! Tu vas leur montrer l’OM et ils vont s’occuper de toi !
Merci mon Lieutenant, mais je suis à pied avec mon paquetage
Eh bien prend un taxi !

J’ai déjà la nette impression de devenir une balle de Ping-pong, effectivement c’est ce que je suis.
Deux jours après mon arrivée à Alger, je repars en Noratlas 2501 à Oran et, de là, on m'envoie par C47 à Blida, là on me garde deux jours tout en me désignant adjoint chef de poste de garde. Blida me renvoie à Oran, d’Oran j’embarque dans un Breguet « Dupont » (comme disait l’Adjudant DENIÉ) direction In Amguel avec escale à Reggan. Arrivé à In Amguel pas d’affectation pour moi. Le surlendemain embarquement dans un Breguet direction Oran avec escale à Reggan.
Un sous-officier plus attentif demande par message à Béchar si on attendait un brigadier venant en isolé de Toul. Réponse, oui le 3ème G.S.T. attend depuis plus de dix jours l’arrivée du brigadier WEISS Werner ! Enfin, je sais où je suis affecté.

Ma joie est de courte durée, le sous-off me dit :
L’avion ne fait pas d’escale à Béchar, tu vas retourner à Oran on s’occupera de toi !
Finalement, je me retrouve dans ce train que tout le monde appelle La Rafale, mais qui progresse au coup par coup. Après environ 48 heures de voyage dans ce train d’un « confort comparable au Pullman américain » j’arrive à Colomb-Béchar.

Colomb-Béchar
L’Église, la Poste et la Justice de Paix
La gare

En sortant de la gare un 6 x 6 Dodge avec l’insigne du 3ème G.S.T. m’attend et m’emmène au Camp Moll.

Le chauffeur stoppe devant le service des effectifs et je me présente au M.D.L./Chef SCHOTT :
Ah ! Te voilà enfin, on allait te porter déserteur !
Je lui explique mon cas en lui présentant mon ordre de mission, il comprend de suite mes péripéties
Les cons à Toul, avec cette unique mention U.S.T. ils auraient pu te promener dans tout le Sahara.
Bien avant la paperasse, dans une pièce attenante il ouvre le frigo et en sort 2 magnifiques K.R.O. bien fraîches :
Bienvenu au 3ème G.S.T.
Enfin, un gradé sympa.
Tu te présenteras au capitaine LASCARAY en tenue saharienne et demanderas des galons de brigadier-chef, depuis janvier tu es nommé au grade supérieur.
Je touche mon paquetage et je me présente à l’adjudant de Cie – je ne me souviens plus le nom – qui me loge dans une chambre de deux.
Le lendemain je me présente au capitaine LASCARAY :
WEISS, bienvenue dans la famille, tu es affecté au 2ème peloton G.B.O dont le chef est le sous-lieutenant GHIDINI, allez au boulot, il est en préparation d’une très longue mission.
C’est le M.D.L. JANICKI qui assurera mon instruction saharienne, avant de prendre mes fonctions au P.2 en qualité de dépanneur de piste, en formation avec le M.D.L. LE MAOUT sur le G.B.O. Treuil… le 2727.

En décembre 1964, nous quittons définitivement Colomb-Béchar pour nous installer à Reggan-Ville au bordj des Sénégalais, anciennement occupé par le prestigieux 11ème Régiment Saharien du Génie, bâtisseur de la base de Reggan-Plateau et du Point Zéro de Hamoudia lieu de l’explosion de la 1ère bombe atomique française.

Le lieutenant MERLE avait pris le commandement, fin 1963, du 2ème peloton et nous avions maintenant un nouveau Chef de Corps le Lieutenant-colonel GALLOT-LAVALLÉE, tous deux très appréciés par tous les cadres et hommes du rang.

J’aurai encore le plaisir d’effectuer deux missions au 2ème peloton avec le Lieutenant MERLE début 1965 et je suis destiné par mutation interne, à la Compagnie de Commandement et des Services, pour seconder le M.D.L./Chef MROZINSKI dit « Popov » à l’atelier du Corps 2ème échelon B.
Mais avant de rejoindre l’atelier du Corps, j’aurai l’occasion d’effectuer un stage de plusieurs semaines à l’atelier 2/A de la 1ère Compagnie auprès de l’adjudant Jean-René DENIÉ. Durant ces quelques semaines ce chef d’atelier, expérimenté et mécano hors pair, m’a appris la théorie et la pratique des fondements de la mécanique essence et diesel et, surtout, m’a transmis des astuces de dépannage qui ne sont pas enseignées en école mais très efficaces sur piste quand l’on ne dispose pas des pièces de rechanges nécessaires.
J’ai appris son décès avec une grande peine sur les pages du journal interactif du 3ème G.T.
Repose en paix Jean-René DENIÉ.



Prise d'Armes au 3ème GT à Reggan
Je suis derrière Jean-Claude MOUROT (au premier plan)


Je rejoins enfin l’atelier du Corps 2ème échelon B au bordj René Estienne où « Popov » m’attendait ! Je le connais bien depuis son arrivée du G.T. 520 et bien sûr, il m’accueille avec la traditionnelle K.R.O.


Mon activité à l’atelier de 1965 à Juin 1966 fut riche en connaissance de la mécanique grâce à « Popov » et surtout à sa merveilleuse équipe de mécanos. Je relaterai, en anecdote, ultérieurement mon séjour à l’atelier.

Fin juin 1966 je quitte le 3ème G.T. pour rejoindre par mutation le 51ème Bataillon des Services à Trèves en Allemagne où j’exercerai les fonctions de chef d’atelier 2/A.
Le 51ème B.S a déménagé vers les années 1970 vers l’ancien Centre d'Instruction de Division Blindée à Castelnau et deviendra le 81ème Régiment de Soutien.

 

51ème Bataillon
des Services
81ème Régiment
de Soutien

Je continuerai mes fonctions de chef d'atelier 2/A au Groupement d'Instruction à la Conduite Automobile C.I.E.C.
En 1971 je prends les fonctions d'adjoint au chef du 2/B du régiment avec le grade de M.D.L./Chef, sous le commandement du Lieutenant-colonel GENEST, Chef de Corps du 81ème R.S.
Nous avions formé sous la direction du M.D.L./Chef GRANIER une remarquable équipe de motos acrobatiques avec nos B.M.W 250 cm3 et 500 cm3 et nous fîmes de brillantes démonstrations à la population allemande et aux journées portes ouvertes dans de nombreux régiments. Ces acrobaties m’amèneront droit à l’hôpital militaire de Trèves avec des multiples luxations.



C’est moi
5 minutes avant l’hôpital


 

En 1973 je suis muté au 51ème Centre Mobilisateur à Amiens en qualité de chef d’atelier.
Je découvre parmi ces nombreux véhicules de tous types, un escadron de G.B.C. peints en vert armée et en inspectant les documents « carnet de véhicule » et de leurs provenances, je m’aperçois que ces véhicules appartenaient à la 1ère compagnie du 3ème G.T, imaginez ma joie !
Je découvre les signatures des visites trimestrielles de notre ami l’adjudant DENIÉ, pour les visites annuelles les signatures de notre chef d'atelier bien-aimé « Popov » et le rapport des pièces de rechanges sont portées sur les pages par notre regretté Roland DIONET ! Quelle émotion aussi, en découvrant sur les toits des cabines, les insignes roue dentée portant l’inscription 3ème G.T. Tous ces G.B.C. Berliet habitués à parcourir les pistes sahariennes, condamnés maintenant au stockage sur cales dans des hangars sombres et humides.
J’en avais mal au cœur pour ces véhicules maintenant privés de soleil et des grands espaces. Ils avaient une malheureuse épreuve de roulement de 30 km à effectuer tous les deux ans. Dans ma mémoire je revivais les missions de ces « gazelle» en parcourant les hangars, j’avais des moments de nostalgie intense, je voyais dans chaque véhicule le visage de leurs anciens chauffeurs. Ces images seront à jamais gravées dans ma mémoire !


La vie routinière dans ce centre mobilisateur me devenait insupportable au bout d’un an. Je me suis rendu à la D.P.MAT. à Paris pour demander une affectation en Allemagne qui me fut accordée au 1er juillet 1975 au 135ème Régiment du Train à Karlsruhe.




Dans ce régiment j’ai obtenu le poste d'adjoint au chef du 2ème échelon B. Six mois après j’ai pris mes fonctions de chef de détachement MOB du 135ème Régiment du Train au sein même du 5ème Régiment de Cuirassiers situé 135 km de mon régiment à Kaiserslautern F.F.A où j’ai terminé ma carrière militaire après 21 ans de service avec le grade d’adjudant, ayant fidèlement suivi le souhait qu’avait formulé pour moi, mon ancien chef d’atelier à Reggan le M.D.L./chef MROZINSKI dit « Popov ».




5ème régiment de Cuirassiers

 


Kaiserslautern




135ème Régiment du Train
À ma gauche Adjudant-chef HAUSER
À côté, Adjudant-chef LOUVION ancien Maréchal des Logis responsable de la Station Service au 3ème G.S.T.

 

Mes missions